Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


jeudi 27 décembre 2007

Le voile tombera




Notre dernier article sur le site à propos du Pakistan: Après l'assaut, à Islamabad, 16 juillet 2007.

Image: © auteur non identifié. Tous droits réservés.

lundi 24 décembre 2007

Le chanoine et le Président



Madame Corinne Lepage, ancien ministre, explique clairement ce matin à France-Culture et sur son
blog-notes en quoi l'homélie de notre Président, chanoine de Saint-Jean-de-Latran, ouvre grandes les portes à une contestation de la laïcité républicaine et pourrait bien combler tous les intégristes, en particulier les islamistes de France. Des raisons suffisantes pour reproduire ce texte dans notre Liber@ Te. Pour le lire dans son intégralité, ouvrir ici.

vendredi 21 décembre 2007

Parole d'Oran: Akram Belkaïd



Akram Belkaïd a écrit ce texte
La Shoah et les faux amis des Palestiniens sur Le Quotidien d'Oran il y a un an. Chaque jour qui passe nous fait mieux mesurer le courage, calme somme toute, de certains: ici un auteur, un directeur de presse. Ce texte montre aussi que, malgré les désaccords, les fossés, les guerres, la force et l'intelligence de nos causes se mesurent d'abord à l'attention ouverte que nous portons à celles de nos adversaires.

vendredi 14 décembre 2007

Un 11 comme un autre, dans Alger la blanche



Suite pour un article du 11 avril 2007: Alger la Blanche.
Lire les deux articles dans notre dossier.

Ce n'est pas la colère qui manque pour écrire encore sur ces choses, mais nous retient le sentiment de l'inutilité évidente de se répéter à l'infini. Seulement cela: la pauvreté de la pensée magique qui anime Al-Qaîda Maghreb est telle qu'elle vient de perpétrer, après cet attentat du 11 avril, puis celui du 11 juillet dernier à Lakhdaria (comme en écho à ceux des 11 avril et 11 juillet 2006 à Karachi et Bombay), deux nouveaux attentats à Alger, le 11 décembre 2007 (en Algérie jour anniversaire de la grande manifestation révolutionnaire du 11 décembre 1960 en soutien au FLN), l'un contre la Cour suprême et le Conseil constitutionnel algérien, l'autre contre deux organisations: le Haut-Commissariat aux Réfugiés, et le Programme des Nations-Unies pour le développement, dépendant de l'ONU "siège de l'apostasie internationale" aux termes de son communiqué, qui précise aussi: "Nous annonçons à la nation musulmane la bonne nouvelle: le succès de deux opérations martyres [...] pour défendre la nation de l'islam et humilier les croisés et leurs agents, les esclaves des États-Unis et les fils de France". N'mida Layachi, directeur de Al-Djazair News rappelle que Al-Qaîda-Maghreb "ne cesse" de dénoncer l'ONU comme "l'instrument des juifs qui utilisent les Américains pour faire la guerre aux musulmans" (Le Monde du 13 décembre 2007). Comme l'appel à des attentats en France est désormais présent dans chaque message, et nous souvenant du 11 mars 2004 à Madrid, devrons-nous, comme désormais les Algériens, les premiers et les plus durement frappés, voir chaque mois arriver le 11, avec inquiétude?
Ce 11 décembre est d'ailleurs étrange et fait de ce Monde du 13 décembre 2007 un numéro collector: tandis que, avec l'aval de notre Président actuel et d'un ancien ministre socialiste de la défense, le guide de la révolution libyenne reçoit au Ritz sur bristol vert nombre d'écrivains, d'universitaires, d'académiciens et d'éditeurs français connus, pour leur signer ses œuvres et leur expliquer que sa passion pour les Droits de l'homme a été prouvée par l'exemplaire libération des infirmières, un gros attentat secoue Bagdad, et un général antisyrien se fait assassiner au Liban. Je mélange tout? Sans doute. Mais Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas vont devoir parler et se respecter dans ce contexte, plus confus encore que ne le laissent entrevoir ces coïncidences.

Eugène Delacroix: Femmes d'Alger dans leur appartement (1834).

mardi 11 décembre 2007

Jean-Luc Godard de 7 à 77 ans


Arte et le site internet des Cahiers du cinéma nous offrent pour Noël cet entretien avec Jean-Luc Godard, 67 minutes, réalisé par Olivier Bombarda et Julien Welter, et de bonnes images de Thomas Schwoerer. Une bonne qualité technique d'ensemble, il ne reste qu'à vite apporter sa curiosité et son attention. Les questionneurs y sont gentiment allés les mains dans les poches, la voix de l'artiste chevrote sous le cigare, mais l'acuité, l'humour et l'émotion sont au rendez-vous.
À toutes fins utiles, on le trouve bien entendu aussi sur le site d'Arte.

Rappelons que nous pouvons trouver sur ce site un ensemble d'informations et de réflexions sur et
Pour Jean-Luc Godard.


En librairie


La question juive de Jean-Luc Godard
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mardi 4 décembre 2007

Robert Badinter: La prison après la peine




La prison après la peine. — De façon anodine, le gouvernement va saisir le Parlement d'un projet de loi créant la "rétention de sûreté" dans notre droit pénal. Il s'agit d'un changement profond d'orientation de notre justice. Il faut rappeler les fondements de la justice, depuis la révolution des Droits de l'homme. Parce que tout être humain est réputé doué de raison, il est déclaré responsable de ses actes. S'il viole la loi, il doit en répondre devant des juges indépendants. À l'issue d'un procès public, où les droits de la défense auront été respectés, s'il est déclaré coupable, il devra purger une peine prévue par la loi. Tels sont les impératifs de la justice dans un État fondé sur la liberté.

Or le projet de loi contourne le roc de ces principes. Il ne s'agira plus seulement pour le juge, gardien de nos libertés individuelles, de constater une infraction et de prononcer une peine contre son auteur. Après l'achèvement de sa peine, après avoir "payé sa dette à la société", au lieu d'être libéré, le condamné pourra être "retenu", placé dans un "centre socio-médico-judiciaire de sûreté", par une décision d'une commission de magistrats pour une durée d'une année, renouvelable, parce qu'il présenterait selon des experts une "particulière dangerosité" entraînant un risque élevé de récidive.

Le lien entre une infraction commise et l'emprisonnement de son auteur disparaît. Le "retenu" sera détenu dans un établissement fermé et sécurisé, en fonction d'une "dangerosité" décelée par des psychiatres et prise en compte par une commission spécialisée. Et aussi longtemps que ce diagnostic subsistera, il pourra être retenu dans cette prison-hôpital ou hôpital-prison. Nous quittons la réalité des faits (le crime commis) pour la plasticité des hypothèses (le crime virtuel qui pourrait être commis par cet homme "dangereux").

Aujourd'hui, le juge se fonde sur la personnalité du condamné pour décider de libération conditionnelle, de semi-liberté, de placement à l'extérieur, de permission de sortie. Mais il s'agit là toujours de mesures prises dans le cadre de l'exécution de la peine, pour préparer la sortie du condamné, parce qu'elles facilitent la réinsertion et limitent la récidive, comme une expérience séculaire a permis de l'établir. Dans la mesure qui nous est proposée, il s'agit au contraire de retenir le condamné "dangereux" après sa peine dans une prison particulière pour prévenir tout risque de récidive. Il ne suffit plus, estime-t-on, d'imposer au condamné après sa libération les mesures très rigoureuses de contrôle, de surveillance, de traitement de plus en plus contraignantes que les lois successives ont multipliées dans la dernière décennie: suivi socio-judiciaire avec injonction de soins (1998), surveillance judiciaire (2003), fichier judiciaire avec obligation de se présenter à la police (2004), surveillance électronique par bracelet mobile (2005).

Depuis dix années, quand un fait divers particulièrement odieux suscite l'indignation du public, on durcit les peines et on accroît les rigueurs des contrôles. Mais jusqu'à présent on a toujours respecté le principe de la responsabilité pénale. C'est la violation des obligations du contrôle par celui qui y est astreint qui entraîne à nouveau son incarcération. C'est l'infraction qu'il commet en manquant à ses obligations qui le ramène en détention.

Avec la loi nouvelle, le lien est rompu: il n'y a plus d'infraction commise, mais un diagnostic psychiatrique de "dangerosité", d'une prédisposition innée ou acquise à commettre des crimes. Que reste-t-il de la présomption d'innocence dans un tel système? Après un siècle, nous voyons réapparaître le spectre de "l'homme dangereux" des positivistes italiens Lombroso et Ferri, et la conception d'un appareil judiciaire voué à diagnostiquer et traiter la dangerosité pénale. On sait à quelles dérives funestes cette approche a conduit le système répressif des États totalitaires.

On dira que le texte ne prévoit cette "rétention de sûreté" que pour des criminels particulièrement odieux, pédophiles, violeurs, meurtriers, agresseurs de mineurs, condamnés au moins à quinze ans de réclusion criminelle. On soulignera que le texte exige que la mesure soit demandée par une commission pluridisciplinaire et décidée par des magistrats. Des voies de recours en appel et cassation sont prévues. On marquera que la rétention ne sera ordonnée qu'au vu d'expertises psychiatriques sur la dangerosité du sujet. Est-il besoin de rappeler que ce concept de dangerosité demeure incertain dans sa mise en œuvre? Et l'expérience des dernières années laisse présager qu'au premier fait divers odieux, échappant aux catégories criminelles visées par la "rétention de sûreté", celle-ci sera aussitôt élargie à tous les auteurs des crimes les plus graves, qu'il s'agisse de violeurs ou de meurtriers. Et l'on verra s'accroître toujours plus le domaine d'une "justice" de sûreté, au détriment d'une justice de responsabilité, garante de la liberté individuelle.

Pour ceux auxquels elle sera applicable, qu'impliquera cette rétention de sûreté s'ajoutant à la peine déjà purgée? Tout condamné ressasse jusqu'à l'obsession le nombre d'années, de mois, de jours qui le séparent de sa libération. Quand il a accompli sa peine, payé sa dette à la société, il a conscience d'avoir droit à cette libération. Et voici que par l'effet de la loi nouvelle, cette certitude-là vacille et s'éteint. Il n'y aura plus pour lui d'assurance de retrouver sa liberté après avoir purgé sa condamnation. Sa liberté, même s'il s'est bien comporté en prison, ne dépendra plus de l'achèvement de sa peine, elle sera soumise à l'appréciation de psychiatres et d'experts qui concluront ou non qu'il est atteint d'une affection particulière, la "dangerosité sociale".

Et les juges gardiens de la liberté individuelle, au nom du principe de précaution sociale, pourront le maintenir en détention après sa peine. Pour cet homme-là, quelle incitation à préparer, en détention, son avenir? À l'attente, on ajoutera l'angoisse de l'incertitude. Notre justice aura changé de boussole. Ce n'est plus la loi qui la guidera, mais des batteries de tests psychiatriques inspireront ses décisions. Quant à l'homme réputé dangereux, il ne lui restera pour toute espérance que celle d'un diagnostic nouveau qui ne dépendra pas nécessairement de son comportement conscient.

Aujourd'hui, le criminel sexuel, surtout pédophile, est volontiers dépeint comme le mal absolu, le monstre qui hante nos angoisses et nos peurs. S'agissant de ceux auxquels sera applicable cette "rétention de sûreté", le mot qui vient à l'esprit pour les qualifier est celui de Victor Hugo: ce sont des "misérables" que notre justice psychiatrisée fabriquera demain dans nos prisons. Robert Badinter, Le Monde, 28 novembre 2007.

© Robert Badinter, Le Monde, 28 novembre 2007.

lundi 3 décembre 2007

Les théories du complot


Rudy Reichstadt, rédacteur de
Blog à part, déjà signalé, ouvre
Conspiracy Watch, qui rassemble déjà beaucoup d'informations, analyses, références, sur une paresse intellectuelle et politique bien plus courante qu'il n'y paraît, et dont personne, y compris parmi les gens de bonne volonté pourtant, n'est à l'abri. Lien salutaire donc, et merci à ce jeune homme pour ses audaces, son talent et son temps.

lundi 19 novembre 2007

Pour Jean-Luc Godard


En librairie


La question juive de Jean-Luc Godard
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samedi 17 novembre 2007

"Jean-Luc Godard", de Jacques Mandelbaum


Le Monde
vient de proposer, dans le cadre de ses promotions commerciales, Alphaville, accompagné d'un fascicule de 80 pages, Jean-Luc Godard, de Jacques Mandelbaum.

Godard aujourd'hui est seul, comme si mourrait qui le touche. Et encenser ses premiers films, supposés géniaux, pour mieux les opposer à tous ses derniers, je pense en particulier à tous ceux issus de Histoire(s) du cinéma, n'est certes pas lui rendre service, ni surtout justice. Il devient urgent à son propos de sortir de la légende du siècle, pour voir enfin l'essentiel: après toutes ses phases, ses révolutions, ses métamorphoses, ses retournements, Jean-Luc Godard est en train de poser enfin un regard lucide et apaisé sur lui-même. Et ce serait la moindre de choses de lui signifier que nous nous en apercevons, pendant qu'il en est temps.

Le mérite ce ce petit livre est de refuser l'hagiographie, tentation pourtant forte lorsqu'on accompagne une promotion médiatique, pour articuler de nombreuses importantes intuitions: ainsi, au prétexte d'une analyse très centrée de l'importance du son dans ses films (fenêtre p. 46), sont ouvertes des pistes sur le conflit entre le respect scrupuleux du réel (des images et des sons) et les erreurs et errances intellectuelles et politiques de l'auteur, qui, par un joli effet de montage éditorial — hasard ou génie? dirait Paul Valéry l'ami de la famille — s'entrelacent aux souvenirs (1991) d'Elias Sanbar, pp. 45/48: "Ce qui est pour moi le plus fort, le plus tragique de Ici et ailleurs (1974) [... ce passage], pathétique, où Godard montre cette scène et raconte d'une voix cassée comment nos voix avaient recouvert celles de ces hommes".

Il aide par exemple à localiser, et donc invite à développer, deux ou trois erreurs de Godard. Juste en forme de repères:
— Si, à mon sens, l'orientation politique du Petit Soldat n'est pas celle qu'on lui a souvent prêtée (en gros qualifiée de droite et raciste par les bien-pensants d'alors, p. 27), il reste qu'elle porte son ombre questionnante et féconde à la lumière de ce qui va suivre.
— À l'apparent opposé du précédent, La Chinoise, (p. 38) interprétée par les spectateurs et l'auteur comme témoignage d'engagement prémonitoire ou au moins de sympathie envers les maoïstes, alors que le film est là: une implacable dénonciation de ces révolutionnaires petits-bourgeois en chambre, dont il a prophétisé le confusionnisme et les racines sociales qui limitèrent tant le mouvement populaire de 1968. Là fut malgré Godard lui-même, sa véritable prophétie. C'est un peu ce que dit Sanbar justement: Godard voulut souvent faire taire le réel, mais, au-delà de ses violences et de ses abus, son œil le respecte bien mieux que ses idées: personne ne le montre si lucidement et de façon si présente. À condition de passer outre aux raisons qu'il se donne et qu'il nous donne. "Moi, je n'ai plus d'espoir. Les aveugles parlent d'une issue. Moi, je vois" aime-t-il à dire et c'est ici que je le comprends.
— tout l'enfermement dogmatique de la période underground 1967-1972 qui, certes, aura des répercussions positives ensuite sur son cinéma, mais qui nous prive toutes ces années de son travail, alors que, comme nous le rappelle Mandelbaum en passant, d'autres (Pialat, Eustache, Rozier, Garrel, mais aussi les œuvres majeures de Fassbinder et de Cassavetes), dont certains furent durement sermonnés par le cinéaste clandestin, démontraient par des films irremplaçables, cités p. 44, que filmer pour autrui était possible, nécessaire et urgent à cette même époque.

Mais Godard c'est aussi cette splendide et tardive lucidité sur ses erreurs et ses lâchetés, indiquée p. 70: qui me frappe tant dans Notre musique, aux façons dont il s'y montre: négligeant par exemple, pour ne pas dire méprisant, le DVD que lui propose, puis lui impose, la jeune activiste israélienne qui paiera de sa vie ses convictions, et dont lui, revenu à ses fleurs en pots dans sa thébaïde helvétique (la Suisse qu'il appela parfois "l'Israël de l'Europe"), se souviendra à peine, pressé de revenir à son jardinage.

Très intéressante encore, l'indication que les films de Godard constituent au moins des couples. On avait tous vu celui constitué par À bout de Souffle et Sauve qui peut (la vie) (p. 52), ou Le Mépris et Prénom Carmen, mais la p. 73 systématise la vision de ces couples de façon très pertinente et fort suggestive.

Enfin et surtout la découverte: cette fenêtre p. 64, sur Godard et la question juive. Repéré depuis longtemps à l'occasion de quelques films ou épisodes médiatiques, ce foyer de questionnement n'a jamais encore été abordé de fond par un critique, à ma connaissance. Et cette page s'isole en hors-texte comme pour mieux se donner le temps de formuler une vraie hypothèse, stimulante, qu'il convient de documenter, détailler, analyser et creuser.

Si bien que je donne à lire ici cette page de Jacques Mandelbaum dans son ensemble, et qu'elle m'a même incité, pressé dirai-je même, à ouvrir un dossier in progress, sur Godard et la question juive. Vaste programme. Mais on sait déjà que nous ne sommes pas au bout de nos peines.


En librairie



La question juive de Jean-Luc Godard
Pour John Cassavetes
Si vous préférez les commander aux Éditions Le temps qu'il fait,
cliquer ici.

Collection Les grands Cinéastes, Le Monde/Cahiers du cinéma, 2007.

mercredi 14 novembre 2007

Godard et la question juive


En librairie


La question juive de Jean-Luc Godard
Si vous préférez le commander aux éditions Le temps qu'il fait,
cliquer ici.

mardi 6 novembre 2007

Lettre 3: automne 2007


Dans Fictions: Lexique et Préhistoire (voir
ci-dessous varia du 11 octobre).
Dans
Italiana: un article sur Naples, écrit quand, dans les textes mondains, sévissait une ambiguë méridiomanie;
Le cercle brisé, une recension dans La Quinzaine littéraire sur Les Feux du Basento, roman de Raffaele Nigro (Verdier, 1989), et un entretien de 1986 sur Traduire.
Dans Liber@ Te, sur les engagements politiques européens: Pilate parmi nous; sur les scénaristes de l'avenir: Fausses fenêtres; et sur les enfants du Darfour: Enfants de la guerre ou guerre des enfants?Une vitale déclaration au Monde de Ayaan Hirsi Ali, et un bel article de l'archevêque Hippolyte Simon sur les tests ADN.
Dans Écouter voir, qui continue de rassembler des séquences de concerts, des émissions et des films rares en version intégrale: l'unique prestation télévisuelle de Jacques Lacan: Télévision (1974) de Benoît Jacquot; de Jean-Luc Godard (dossier général créé depuis) : l'entretien radio avec Serge Daney en 1987, diffusé sur France-Culture en 1992 et un autre pittoresque entretien sur son film Tout va bien, réalisé en 1973.
Par ailleurs, le site de la société de ses amis: Maupassant par les textes propose en accès libre ses écrits en versions intégrales et dans plusieurs langues. Ce peut être précieux.

mardi 30 octobre 2007

Enfants de la guerre ou guerre des enfants?




Évidemment, un imbroglio juridique et légal entoure cette affaire d'enfants du Tchad ou du Darfour. Pour autant, Idriss Déby, sinistre président du Tchad, installé en 1990 grâce aux autorités françaises qui ont de nouveau volé à son secours en 2006, peut-il, avant toute enquête, tout procès, déclarer devant une forêt de micros, mot pour mot et en français — qu'on ne prétexte aucune mauvaise traduction: "Est-ce que c'est pour [les] vendre aux ONG pédophiles? C'est ce qui est à mon avis évident. Ou bien peut-être les tuer et enlever les organes et les vendre aussi possible [sic, ou entendre: "... les vendre aussi? Possible"]?". Les trois cents personnes qui attendaient l'arrivée de ces enfants à l'aéroport seraient donc complices de tels réseaux? La suite répondra sans doute à ces questions, mais pour l'heure, rien de tout cela n'est "évident", sauf pour cet homme. Un homme qui trouve évident d'engager des enfants de huit ans dans sa guerre; évident de mener une répression aux dizaines de milliers de victimes; évident de changer la Constitution à sa guise; évident encore de soustraire son trafiquant de fils à la juridiction française, assassiné depuis sous un faux nom à Courbevoie, et qui, aux dires de son propre avocat, servait d'intermédiaire aux milieux d'affaires français intéressés par les cimenteries et le pétrole tchadiens, avant que son corps fût rapatrié dans l'avion personnel du Libyen Khadafi, de longue date aussi son évident soutien. Rama Yade, notre secrétaire d'État aux Affaires Étrangères et aux Droits de l'Homme, est pleine de "compréhension pour la colère du président tchadien", et ose des mots d'esprit pour le moins déplacés sur "la France étant bonne mère..." Nos ministres et notre Président en personne trouvent urgent de condamner les responsables de l'opération, si écervelés ou même si douteux soient-ils, d'une façon tout aussi prématurée que cet homologue tchadien, quand tout indique que les autorités tchadiennes et françaises étaient informées depuis longtemps de ces projets, très clairement explicités sur le site de L'Arche de Zoé [Ne répond plus, octobre 2009]. Ce qui, soit dit en passant, nous contraindra tôt ou tard à réfléchir aussi sur ces difficiles questions de la désobéissance civile et du droit d'ingérence, ou du moins de leur récurrente invocation. Mais pour l'heure, ne sommes-nous pas à l'aube d'une nouvelle affaire inspirée par celle des infirmières bulgares et du médecin palestinien: où se succéderont manifestations de mères dans les rues contre les criminels, chauffe à blanc des opinions locales, procès iniques, tortures et aveux, emprisonnements indéfinis, des années peut-être, en attendant que le contexte soit favorable à l'extorsion de rançons, toutes ignominies si ouvertement et cyniquement orchestrées par les Khadafi, alliés personnels et politiques des Déby et dont le pater familias est le prochain invité de notre Président, dans les gouffres d'un contexte politique, économique, mafieux et militaire, impliquant le Tchad et la France?

© Photographie: auteur non identifié. Tous droits réservés.

lundi 29 octobre 2007

Fausses fenêtres




D'après une synthèse publiée dans
Le Monde du 28 octobre 2007, un rapport de l'ONU dit "GEO 4", publié le 25 octobre dernier, envisage quatre scénarios sur l'avenir écologique de la planète:


— l'État s'efface au profit du privé, le commerce se développe sans limite, les biens naturels sont privatisés. Cette voie assure la croissance la plus forte mais se traduit aussi par un impact environnemental jugé insupportable, engendre les plus grandes inégalités et nous rapproche du "point de basculement", c'est-à-dire en clair de la catastrophe.

— Une intervention centralisée vise à équilibrer une forte croissance économique par un effort pour en limiter les impacts environnementaux et sociaux, au prix du développement bureaucratique.

— La sécurité face aux désordres civils et aux menaces extérieures prime sur toute autre priorité.

— Organiser la durabilité par l'environnement et l'équité, dans laquelle les citoyens jouent un rôle actif. C'est ce qui apparaît évidemment préférable du point de vue social et écologique mais exige de consacrer beaucoup de temps à la coopération entre acteurs.

Et le rapport prévient que, dans tous les cas, "le changement climatique et la perte de biodiversité resteront des défis significatifs".

Je ne sais si la synthèse de presse reflète fidèlement le rapport (téléchargeable à présent sur ce site), voilà qui paraît clair, ordonné, argumenté. Essayons de mieux comprendre pourtant:

1. L'hypothèse sécuritaire est hors sujet puisqu'elle exclut toute politique écologique. Pourtant désordres civils et menaces internationales sont bien réels et personne ne voit comment ils pourraient cesser dans un avenir prévisible. En un mot donc, trois scénarios imaginaires sont envisageables une fois qu'on s'est affranchi de toute réalité. Et d'un.

2. La privatisation du monde est en fait liée à l'exclu précédent, puisqu'un monde privatisé privatisera tout sauf la lutte politique et militaire contre les périls et les menaces internationales, du ressort des États et parfois de l'ONU. Ils leur fourniront cependant armements et milices. Il est donc également hors sujet. Et de deux.

3. Nous rêvons tous du dernier scénario, durabilité, environnement et équité. Mais il est si angélique, si redoutablement abstrait qu'il deviendrait criminel de s'en servir de façon purement incantatoire et hypnotique pour laisser en fait les coudées franches au tandem précédent. Et de trois?

4. Il ne reste donc qu'un avenir dans les faits, c'est celui de l'inévitable et difficile pas de deux entre économie de marché et réglementations diverses. Là est la rose et là il faut danser. Ce qui existe déjà, se fait un peu, germe un peu partout, y compris dans les plans onusiens du PNUE. Le seul avenir envisageable serait d'ailleurs un peu plus précis et, en attendant de disposer du rapport complet, curieusement, la synthèse du Monde n'en dit mot: cette voie médiane ne peut exister que dans le cadre d'un marché du réchauffement climatique. Autrement dit, notre seule chance, si l'on peut dire, réside dans le développement de recherches scientifiques, de technologies innovantes, et surtout à très court terme d'industries du climat qui dépasseront les faux gadgets genre éoliennes. Comme nous sommes fort mal partis pour que ces industries soient publiques, elles ne se développeront que si, à leur tour, elles se transforment en sources de profits. Ce serait somme toute un avenir encore assez rose si l'industrie proprement financière laissait un peu de temps à ces processus. Ce qui est loin de tomber sous le sens.

Nos angoisses viennent du fait que nous savons que cette voie étroite résistera mal aux urgences, elles-mêmes mal divulguées: l'emballement climatique assuré, qui fait soi-disant débat, alors qu'un enfant de dix ans sait que, à 0°, la glace fond brusquement, par exemple. Urgences qui se transformeront rapidement en inégalités planétaires et donc en tentations sécuritaires. Sauf à organiser la dictature économique et politique qui, partout où elle s'est installée, a montré ses capacités en matière de pourrissement de l'air, des terres, des eaux et des esprits.

© Place Saint-Marc à Venise, 2 décembre 2008. Agence Reuters, Joerg Mitter.

dimanche 28 octobre 2007

Pilate parmi nous



Dans une récente interview donnée à Euronews, Amos Oz avait cet avis: "Le combat entre Juifs et Arabes est un conflit entre deux anciennes victimes de l'Europe, ce qui donne à l'Europe une responsabilité spéciale pour aider les deux côtés et non pas pour moraliser, agiter le doigt comme ça, mais pour aider vraiment les deux parties.
"Je pense que les Européens ont une sorte d'inclinaison naturelle lorsqu'ils font face à un conflit international. Leur tradition, c'est de lancer une grande manifestation d'hostilité à l'égard du méchant et de signer une pétition enthousiaste en faveur du gentil et puis d'aller se coucher en ayant bonne conscience."

En un mois passé à Manhattan, j'ai eu l'occasion de rencontrer beaucoup d'Américains opposés farouchement à la politique irakienne du président Bush. À Manhattan au moins, c'est sans doute une opinion majoritaire, et peut-être même ailleurs dans le pays, si on en croit les sondages sur la question et si on est sensible à la montée réelle des manifestations. Mais pour autant, l'attitude de l'Europe et de la France en particulier ne semble pas, vue de là-bas, être perçue par les mêmes opposants et manifestants comme ayant été raisonnable et lucide avant tout le monde. Certes, Bush, disent-ils, a eu ce tort historique de vouloir y aller en se passant des alliés traditionnels, avant et surtout ensuite, ce que n'aurait sans doute pas fait Colin Powell. Mais il ne suffisait certainement pas aux Européens et singulièrement aux Français, posant aux chefs de file dans cette affaire, de se laver de toute responsabilité dans les développements de ce problème, sous prétexte qu'ils étaient contre dès l'origine. La bonne attitude eût été de faire valoir de façon constructive leurs conditions d'une présence aussi tôt que possible d'une façon ou d'une autre, et au moins après la chute de Saddam Hussein, pour éviter de laisser se développer ce dangereux tête-à-tête, car il a très vite été manifeste qu'il y avait un avant et un après. Et tandis que madame Alliot-Marie, ministre alors de la Défense, ne cessait de répéter que les Français ne retourneraient en Irak que lorsque tout serait résolu puisque, farouches opposants de l'intervention, ils étaient innocents de tous ces développements, un article du Monde du 19 mars 2004, quelques jours après les attentats de Madrid soit dit en passant et repéré à l'époque dans mon Bloc-Notes, soulignait le désespoir des Irakiens eux-mêmes devant cet abandon. Je redonne ici les lignes concernées:

Fakhri Karim, directeur du journal Al-Mada: "Si la direction américaine enchaîne erreur sur erreur en Irak, les Européens et les Français en particulier sont encore plus idiots car ils ne déterminent leur position qu'en fonction de Washington. Ils ne tiennent aucun compte de l'Irak et de ses habitants (...) Les Irakiens pensent que l'Europe et la France les ont doublement lâchés, d'abord face à Saddam, puis face à l'occupation américaine. La France n'est intéressée que par sa position antiaméricaine. Elle oublie les Irakiens. Chirac et Villepin doivent comprendre qu'aucun Irakien ne juge que leur position est courageuse. Qu'a fait la France pour aider l'Irak à se libérer du dictateur, puis pour aider l'Irak à retrouver sa souveraineté? Rien!" Un autre journaliste explique: "Nous, Irakiens, pensons que le refus de la France et de l'Allemagne de nous aider, et le départ annoncé de l'Espagne est une catastrophe. Pour que nous retrouvions nos esprits après les décennies terribles de Saddam, pour que nous sortions de ce tête-à-tête avec les Américains, nous avons aujourd'hui plus que jamais, besoin des autres pays."

Et il a fallu quatre ans et demi, se représente-t-on suffisamment cette éternité? pour qu'y aille, presque en catimini, en tous cas par surprise, un représentant officiel du gouvernement français, en la personne de Bernard Kouchner. Encore a-t-il été critiqué de toutes parts et s'est-on gaussé de son impuissance, tant cette visite était peu désirée, peu préparée par nos gouvernants.
La liste est longue des mêmes comportements dans bien des endroits du monde, dont la France en Europe revendique régulièrement haut et fort sa particulière responsabilité, et dont l'interview d'Amoz Oz résume la maxime. Lui-même souligne cette évidence dans le conflit du Moyen-Orient. Et bien que ma confiance politique soit pour le moins nulle dans l'actuel dirigeant de la Turquie, nous développons un même double discours dans la question de sa lutte récurrente, qui ne date tout de même pas de l'accession de Recep au pouvoir, contre le PKK, organisation peut-être marxiste-léniniste, mais dont beaucoup de rapports internationaux constatent sa forte activité en matière de trafic de drogue, d'êtres humains, et de racket des commerçants kurdes sur notre sol. Ces lâches soulagements, ces défaites sont encore présents à leur façon dans l'affaire des enfants du Darfour: "Enfants de la guerre ou guerre des enfants", (cf. ci-dessous au 30 octobre 2007), ou plus directement dans la situation de Ayaan Hirsi Ali et les analyses qu'elle vient d'en tirer, disponibles sur ce site.

dimanche 21 octobre 2007

L'ADN et l'archevêque Hippolyte Simon


La question des tests ADN a fait réagir beaucoup de gens, en particulier parmi ceux qui utilisent régulièrement les droits de l'Homme et la défense des populations immigrées pour se situer dans l'échiquier politique et social de l'Hexagone. Ainsi, n'ont pas manqué les qualificatifs ordinaires de "fascistes", les rapprochements entre cette loi et le nazisme et son eugénisme. Tout à fait contre-productifs d'ailleurs, car beaucoup de gens qui ne savent que penser de cette loi, voire qui y sont spontanément favorables, les gens à convaincre donc, sont résolument opposés à l'extrême-droite et s'indignent d'être ainsi niés par de telles épithètes. Ce texte d'Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, publié dans Le Monde du 20 octobre 2007, a toute sa place dans notre dossier Parole d'homme. Il centre le débat exactement là où il doit être: ce qui fait le lien familial humain n'est pas seulement ni même d'abord la filiation, mais le lien historique, social, affectif et éducatif. Ce que la gauche laïque et les progressistes historiques devraient avoir affirmé d'instinct, de culture, d'histoire et de tradition avant et devant tout le monde, plutôt que perdre leurs âmes en analogies, associations de mots, réflexes et autres attrape-nigauds, quand ce n'est pas en épousant ce ravageur sophisme par systèmes d'alliances supposés géo-politiques: peu importe ce que tu dis, dis-moi seulement avec qui tu le dis, et je te dirai si c'est juste. Un système fanatique et totalitaire, confondant justesse et réputée justice, qui amène aux pires déclarations et manifestations politiques concrètes, par exemple sur les USA, le conflit du Moyen-Orient, l'islamisme, le racisme et le colonialisme, Hugo Chavez, le "tout sauf Sarkozy", bref partout où la survie du monde et des têtes est en jeu.
Pour revenir un instant à notre archevêque, Je pense que sa foi l'a retenu de poser la question de l'ADN à celui que sa naissance a mis sous le signe de l'exode, de la fuite, je veux dire Jésus lui-même. Un moment de bonheur de découvrir aujourd'hui la profondeur humaine d'une telle commune intuition entre la parabole du jugement de Salomon et celle du mystère de l'Annonciation.


Hippolyte Simon
Archevêque de Clermont-Ferrand

Pas touche à la famille

Si le roi Salomon avait eu à sa disposition des tests ADN pour résoudre le problème qui lui était posé par les deux femmes — dont l'une avait étouffé son enfant dans la nuit —, son problème eût été simple. Mais le recours à cette facilité eût été profondément regrettable. L'humanité aurait perdu un grand exemple de sagesse. Sous son apparente brutalité, le jugement de Salomon a fait franchir à l'humanité un seuil de première importance. Il a fait apparaître clairement que, pour être mère, il ne suffit pas d'avoir donné la vie. C'est l'amour authentique et désintéressé qui fonde la maternité et la filiation humaines.
Ceux qui ne connaissent pas la Bible ou qui l'ont oubliée pourront relire Marcel Pagnol et cette réplique de César à Marius : "Les animaux aussi peuvent donner la vie. Mais le père, Marius, c'est celui qui aime !" Plus près de nous, le philosophe Michel Serres, lors d'une conférence à Clermont-Ferrand, a quelque peu surpris son auditoire en déclarant tout de go: "Le christianisme a bien raison de présenter la Sainte Famille comme le sommet de l'humanité, car dans cette famille tous s'aiment d'un amour d'adoption, que j'appellerai, pour ma part, amour de dilection ..."

Cet amour de dilection n'abolit pas le lien biologique, et les deux peuvent évidemment se renforcer mutuellement. L'ignorance du second peut devenir dramatique. En témoignent les recherches éperdues de certains enfants adoptés pour retrouver leur père et ou leur mère biologique. De la même façon, cet amour d'adoption ne supprime pas la nécessité pour tout enfant de pouvoir s'identifier à son père et à sa mère. C'est un autre débat.

Mais la famille humaine n'est pas une affaire d'engendrement. Son élément nourricier est aussi et d'abord celui de la parole engagée par l'homme et la femme qui l'ont fondée. Elle repose sur un pacte de confiance et d'amour. Le recours à des tests ADN pour établir une preuve en matière de filiation est toujours le signe que la confiance et l'amour ont disparu. Qu'on le veuille ou non, cette parole reste une parole de mort. Dans le domaine des relations personnelles, il est une forme de savoir scientifique qui peut tuer la connaissance vivante, celle qui repose sur le respect mutuel et la parole donnée. En cas de malheur, car cette situation est un malheur, la justice peut exiger par ce moyen matériel qu'un homme reconnaisse qu'il est le géniteur d'un enfant et qu'il remplisse ses devoirs économiques envers celui-ci. Mais chacun comprend qu'une "paternité" établie de cette manière est bien pauvre.

PARTIR POUR SURVIVRE. — L'immigration, de son côté, constitue aussi un malheur. Pour en avoir souvent parlé avec mes frères évêques d'Afrique, elle est un malheur pour le pays qui perd ses éléments les plus dynamiques. Elle l'est aussi pour les gens qui doivent partir pour survivre. Et elle crée, dans un premier temps, un vrai problème pour les pays qui les accueillent. Enfin tout le monde peut comprendre que l'émigration économique ne peut pas être une solution durable. Le développement des pays pauvres est une nécessité. L'Union européenne, donc la France, est confrontée, pour longtemps, à une vraie contradiction. Il n'y a pas de réponse simple à cette immense question.

Pour autant, l'idée d'introduire le recours à des tests ADN en matière de regroupement familial ne me paraît pas recevable. L'émotion soulevée par l'article d'un projet de loi est tout à fait compréhensible. On ne touche pas impunément à la famille, car elle constitue le noyau symbolique le plus intime et le plus précieux de l'humanité. Je ne sais pas combien d'abus cette disposition permettrait d'éviter.

Mais je sais que ce serait à coup sûr une régression en deçà du seuil d'humanisation franchi grâce au jugement de Salomon. Je ne pense pas qu'il soit judicieux d'ajouter du malheur au malheur. Est-ce ainsi que l'on pourrait sauvegarder l'identité d'un pays qui n'a déjà que trop tendance à se montrer oublieux de son authentique héritage religieux?

© Hippolyte Simon, Le Monde, 20 octobre 2007.

samedi 20 octobre 2007

Ayaan Hirsi Ali



Dans Le Monde du 20 octobre 2007: «Menacée de mort par des groupes islamistes pour ses prises de position critiques sur l'Islam, l'ex-députée néerlandaise d'origine somalienne Ayaan Hirsi Ali avait dû s'exiler en 2006 aux États-Unis. Depuis le 1er octobre, elle est confrontée au refus du gouvernement de La Haye de continuer à assurer sa protection à l'étranger. Une décision qui la rend à la fois démunie et vulnérable. Jointe par téléphone, Ayaan Hirsi Ali interpelle le gouvernement français: à la France de rappeler au reste de l'Europe les principes des Lumières.» Lire cet entretien et prendre régulièrement de ses nouvelles. Il devient nécessaire d'ouvrir avec elle un nouveau dossier dans le site: Liber@ Te.

jeudi 11 octobre 2007

"Lexique" et "Préhistoire"



J'ai commencé à rédiger ce
Lexique en 1985. Par sa nature, il est destiné à demeurer en élaboration. Son but est de revenir sur les charges émotionnelles, morales, physiques, toujours significatives que mots et expressions ont prises, souvent dans mon enfance, parfois plus tard, surtout dans cette communauté judéo-tunisoise aujourd'hui disparue. La rêverie s'est élargie ici ou là à des expressions courantes, animée par l'amour des mots plus que par une nostalgie restrictive, Peu importe au fond qui dit quoi:
j'ai voulu m'étonner, au fil du temps, de certaines évidences qui m'ont surpris par leur riche universalité.
À recopier ici ce texte, je m'aperçois combien il doit à Sciascia et à ses démarches associatives où, à force de soi-disant coq-à-l'âne, en réalité enchaînements subtilement travaillés, il savait, infailliblement lui, éclairer du lecteur les zones d'ombre.
En complément à ce travail, on pourra lire Préhistoire (1980), qui, sur un mode plus fictionnel, relevait déjà de la même archéologie.

dimanche 30 septembre 2007

Lettre 2: été 2007


Dans
Images: trois jours dans la capitale écossaise, un album: Rousses d'Edinburgh, entre assomptions flamboyantes et difficultés d'être.
Retour d'un mois de septembre à New York, un nouveau dossier d'images et de textes: Manhattania.
Dans Liber@ Te: Je suis le maître de la clé, ou Le Monde face au chantage libyen.
Dans Les Trains de Lumière: un article sur Notre Musique, le dernier film de Jean-Luc Godard.
Dans Les Goûts Réunis: je ramène aussi d'Edinburgh la recette du succulent haggis, étonnamment jumeau du osbane, un plat de fête judéo-tunisien, que je raconterai bientôt. Quant aux pâtes, s'ouvrent ce mois-ci le chapitre à la fois simple et compliqué des pâtes aux légumes (basique pummarola, ancienne marinara, pittoresques pappardelle aux fleurs de courgette, simples rigatoni aux broccoli, chou-fleur ou romanesco, siciliennes penne alla Norma) et celui des pâtes au poisson, avec les bucatini alla Vucciria de Palerme, mêlant sardines et fenouil sauvage.